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"Objets connectés : l’ère du vocal supplantera-t-elle la révolution du tactile ?"

Publié le 06 février 2020 à 11:44 par François Gauthier        Perspective

L'Embarqué Tribune

[TRIBUNE d'Aurélien Chapuzet, VIVOKA] Comme pour toute innovation, le tactile continue d’évoluer mais sa marge de progression rétrécit d’année en année pour devenir en fin de compte une technologie éprouvée et qui peine à vraiment “réenchanter” le consommateur. Alors, pour s’interfacer avec des objets du quotidien, le vocal est-il en passe de révolutionner les usages ?

Il y a plus de 10 ans, les premiers smartphones sont venus bouleverser le monde de la téléphonie mobile avec leur connectivité hors du commun et… leur écran tactile. Il faut savoir qu’avant le lancement de l’iPhone en 2007, les écrans tactiles étaient utilisés presque exclusivement par les sociétés qui pouvaient se permettre de payer des études expérimentales sur cette technologie. Ce mouvement stratégique d’Apple a permis de démocratiser une technologie encore de niche à l’époque pour détrôner l’analogique qui était le standard du contrôle des objets. Plus de dix ans plus tard, avec la banalisation du tactile, il est important de mettre en lumière ce qui restreint son utilisation. Car cette technologie est un procédé lié au “toucher” dont il hérite des mêmes problématiques. A savoir les limites relatives à l’hygiène, car le toucher est un des vecteurs principaux de la transmission de bactéries et fr virus, favorisée également par la chaleur que dégagent les écrans. Le tactile connaît aussi ses limites en termes d’expérience utilisateur. Pour les plus jeunes, cela reste très intuitif ; pour les seniors, les méthodes d’utilisation demandent plus de réflexion et d’adaptation. Et il est plus facile de dire “Mets le réveil à 8H30” que de trouver l’application réveil sur le téléphone, d’activer le bon horaire et de le confirmer.

D’autre part, le tactile participe aussi de manière indirecte à la multiplication des écrans dans notre quotidien, ce qui pose plusieurs inconvénients. Tout d’abord, la nocivité des lumières bleues pour l’œil humain, constatée notamment par des chercheurs de Toledo aux Etats-Unis, a pour effet d’augmenter la dégénérescence maculaire (le vieillissement naturel de la vue autour de 50-60 ans). De plus, la généralisation des écrans tactiles (ou non) provoque des troubles de l’attention et une pollution visuelle de plus en plus perceptible.

Pourquoi le vocal représente-t-il le futur ?

La technologie vocale relève de l’interaction entre l’humain et la machine par le biais de la voix. Ainsi, il s’agit de mettre à profit l’utilisation de la voix humaine, un langage naturel qui permet à n’importe quel utilisateur, enfant ou adulte, d’avoir accès à une interface plus intuitive dans son fonctionnement. En effet, il n’est plus nécessaire de chercher parmi x paramètres, ni de rechercher des mots-clés pour trouver la fonctionnalité voulue. Dorénavant, une simple commande vocale, suffisamment précise, permet de déclencher une action souhaitée. De plus, il s’agit d’une interaction dématérialisée, du coup les problématiques d’hygiène sont minimisées.

Parallèlement, l’utilisation nomade des technologies est favorisée par le vocal car aucune manipulation n’est nécessaire pour avoir accès aux fonctionnalités comme le GPS dans un véhicule ou une recette de cuisine pendant la préparation d’un repas. Les cas concrets d’utilisation sont déjà là. Le vocal possède par exemple déjà une certaine notoriété notamment dans le grand public avec la démocratisation massive qu’il a vécue à travers les smartphones et plus récemment les enceintes connectées.

Face à ce marché en pleine structuration qui montre une fraction de son potentiel, de nombreux acteurs, autres que les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), se sont lancés dans les technologies vocales. Les exemples sont nombreux et recouvrent tous les secteurs d’activité tels que la téléphonie, l’hôtellerie, l’Internet des objets, la vente au détail ou encore l’e-commerce. Les géants de l’automobile comme Mercedes, Renault-Nissan-Mitsubishi ou encore PSA sont aussi venus surfer sur la vague du vocal. Ces derniers ont par exemple équipé directement leurs véhicules d'assistants vocaux afin que les utilisateurs gardent les mains sur le volant. L’aspect sécurité est ici mis en avant. Des cas d’usage tels que les changements de musique ou de température, le GPS et bien d’autres sont aussi contrôlables à la voix dans l’habitacle d’un véhicule.

Dans la même veine, le médical commence également à utiliser la voix avec par exemple la solution Dragon Médical, qui permet de faire de la retranscription pour les chirurgiens. Les solutions de dictée vocale sont aussi en plein essor afin d’avoir des contenus de réunion de qualité, sans perdre de temps. Et il n’y a pas que les grandes entreprises qui font le pari des solutions vocales pour l’avenir. Plusieurs initiatives, plus modestes mais pas moins innovantes, voient le jour chaque année. Des hôteliers indépendants commencent à se tourner vers des solutions vocales pour repenser leur hôtel. En parallèle, des start-up se lancent dans le vocal pour doper leurs produits avec cette approche.

Vers la révolution du vocal ?

En regardant les différentes initiatives en la matière, nous pensons que le vocal a de beaux jours devant lui. Pourtant l’adoption des nouvelles technologies, notamment celles qui apportent des usages différents, est plus complexe qu’il n’y paraît. En effet, de nombreux paramètres, comme l’utilité et la complexité perçues, entrent en compte dans la mise en œuvre de cette innovation en tant que nouveau standard. Pour autant, on peut déjà voir de belles prévisions pour l’avenir de cette interface naturelle qui sera un lien logique entre les différents composants de l’IoT et leur connectivité. De la même manière, les interfaces conversationnelles et l’humanisation des technologies tendent à se renforcer pour proposer une expérience d’utilisation toujours meilleure. En définitive, le vocal semble être une réponse adaptée à ces problématiques identifiées par l’apparition du tactile sans pour autant lui faire de l’ombre, les deux supports pouvant coexister et se compléter l’un l’autre.

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