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"Objenious proposera en 2017 la géolocalisation sans GPS sur son réseau national LoRa"

Publié le 14 octobre 2016 à 10:21 par Pierrick Arlot        Start-up Objenious

S. Allaire, Objenious

Créée en 2015 par Bouygues Telecom, la société Objenious s'est vu confier la tâche de déployer une offre de services basés sur un réseau national IoT capable de connecter à bas débit n’importe quel capteur ou objet obéissant au protocole de communication radio LoRaWAN. Stéphane Allaire, son président, détaille à L'Embarqué les grands défis qui attendent Objenious en 2017.

La société Objenious a été créée officiellement il y a pratiquement un an en tant que filiale à 100% de Bouygues Telecom. Où en êtes-vous aujourd’hui dans les objectifs fixés ?

STEPHANE ALLAIRE La société Objenious, qui est totalement indépendante de Bouygues Télécom, a été créée par notre maison mère avec l’idée que l’Internet des objets, ce n’est pas uniquement de la connectivité, mais aussi des besoins divers et variés auxquels seule une entreprise agile et flexible peut répondre. Objenious, c’est donc aujourd’hui une trentaine de collaborateurs avec une offre composée de deux briques de base avec, d’un côté, un réseau capable de connecter n’importe quel objet obéissant au protocole de communication LoRaWAN et, de l’autre, une plate-forme IoT dans le nuage, dédiée à la gestion à distance des objets. Déployé par Bouygues Telecom, notre réseau offrira dès la fin 2016 une couverture nationale à partir de 4 000 antennes réparties sur l’ensemble du territoire français. Notre plate-forme IoT, quant à elle, nous permet aussi de proposer des services de gestion des informations émises par les objets, comme la récupération des données, leur affichage sous forme de tableaux de bord, ou la possibilité d’y accéder via des API. Nous disposons aussi d’un tissu de partenaires qui peuvent apporter de l’intelligence à ces données, comme à titre d’exemple le calcul de l’itinéraire le plus efficient d’un camion-poubelle grâce aux informations émises par des conteneurs connectés, ou des recommandations pour améliorer la consommation électrique d’un bâtiment. Enfin, pour les objets eux-mêmes ou pour l’intégration de la connectivité LoRaWAN dans des produits, nous orientons nos clients vers des partenaires présents comme nous au sein de l’alliance LoRa comme Eolane, Sensing Labs, NKE Watteco ou d’autres, sachant que nous pouvons tester ensemble les produits sur notre réseau. A l’heure actuelle, le réseau LoRaWAN d’Objenious couvre 50% de la population française et nous installons, ou pour être plus exact, notre maison mère installe plus d’une centaine de nouvelles antennes chaque semaine. Vingt-cinq équipes y travaillent en parallèle, sachant que dans le cadre du déploiement, Objenious joue un rôle traditionnel de maîtrise d’ouvrage et de donneur d’ordre.

Pourquoi avoir choisi la technologie LoRa pour votre réseau dédié à l’Internet des objets ?

STEPHANE ALLAIRE C’est pour des particularités techniques comme, entre autres, sa sécurité intrinsèque, sa bidirectionnalité native et ses capacités de géolocalisation sans GPS que nous avons opté pour la technologie LoRa. Une technologie que nous connaissons bien depuis l’époque de Cycleo, son créateur originel, avant même que cette société grenobloise ne soit acquise par l’américain Semtech en 2012. La fonction de géolocalisation est majeure dans de nombreux cas d’usage et c’est définitivement un atout de LoRa. Sagemcom qui est notre unique fournisseur de passerelles (ou gateways) LoRa a implémenté cette fonction, qui s’appuie sur un horodatage des messages, dans la version V2 de ses produits. La géolocalisation LoRa utilise aussi des solveurs mathématiques présents dans le réseau pour calculer avec précision la localisation de tel ou tel objet en fonction des temps d’arrivée des messages émis sur différentes antennes. Nous testons actuellement cette fonctionnalité (et les précisions attendues) sur la région parisienne avec des experts de Semtech et de Sagemcom et nous comptons la proposer commercialement courant 2017.

Quels sont aujourd’hui vos premiers clients et quelles offres leur proposez-vous ?

STEPHANE ALLAIRE Aujourd’hui, nous avons une trentaine de clients dont Carrefour qui va équiper sa chaîne logistique de plus de 10 000 roll-conteneurs de capteurs connectés en LoRa pour des applications de géolocalisation en temps réel et de visibilité sur le contenu des cargaisons. Mais la plupart de nos clients préfèrent pour le moment rester discrets, sachant que les usages sont très divers, de la localisation d’actifs à la surveillance de la consommation électrique en passant par la mesure de température, le comptage de fluides comme l’eau ou le gaz, etc. Objenious commercialise deux types d’offres. La première est classique et s’appuie sur un abonnement comme la téléphonie mobile avec un montant qui s’étage grosso modo entre un euro par mois à un euro par an et par objet en fonction du nombre d’objets et de la quantité d’informations à véhiculer. Nous avons aussi développé une formule prépayée pour les start-up et les fabricants d’objets connectés qui ne veulent pas que les utilisateurs desdits objets aient à se soucier d’un quelconque abonnement (il se peut même qu’ils ignorent qu’ils sont connectés au réseau LoRaWAN d’Objenious…). Le coût de la connectivité pour une durée déterminée est alors directement intégré dans le prix d’achat de l’objet. C’est un peu le même principe que celui qu’applique Amazon avec la liseuse Kindle.

Objenious a signé un premier accord de roaming LoRa il y a quelques mois. En quoi est-ce important ?

STEPHANE ALLAIRE Les accords de roaming ou d’itinérance sont essentiels car les objets de nos clients ne s’arrêtent pas aux frontières, l’exemple évident étant celui des bagagistes travaillant sur des vols internationaux. Ils permettent à un opérateur couvrant un pays en particulier de s’appuyer à l’étranger sur des réseaux déployés par d’autres opérateurs à l’instar de la situation qui prévaut en téléphonie mobile. Au sein de l’écosystème LoRa, Objenious a été le premier à signer un accord de ce type, en l’occurrence avec l’américain Senet, qui fut le premier fournisseur NaaS (Network-as-a-Service) à proposer aux Etats-Unis un réseau LPWAN basé sur la technologie LoRa. D’autres sont en cours de négociation et les choses devraient être facilitées par le biais de l’alliance LoRa où émargent déjà une cinquantaine d’opérateurs qui déploient ou vont déployer des réseaux compatibles LoRaWAN. L’alliance a d’ailleurs mis en place un comité technique auquel nous participons et qui est en train de spécifier noir sur blanc les mécanismes de roaming qui permettront d’accélérer la commercialisation d’applications IoT B2B transfrontières en supprimant les complexités et barrières techniques, réglementaires et commerciales traditionnellement associées au déploiement sur des zones géographiques différentes. Les choses devraient déboucher en 2017 avec parallèlement la mise en place de procédures de test simplifiées.   

Comment positionnez-vous la technologie LoRa par rapport à d’autres technologies radio également adaptées à la connexion d’objets divers et variés ?

STEPHANE ALLAIRE Pour nous, la technologie LoRa, avec les particularités que je vous citais plus tôt, est complémentaire de technologies à plus courte portée comme Wi-Fi, ZigBee ou Z-Wave ou de technologies cellulaires du type 2G, 3G, 4G, voire de leurs déclinaisons adaptées à l’IoT comme le NB-IoT ou d’autres. En fonction de contraintes comme le volume de données à transmettre, la consommation (un problème qui ne se pose pas si l’objet peut être connecté au réseau électrique par exemple), le niveau de couverture réseau ou le coût, telle ou telle solution sera la plus appropriée. Vu l’étendue et la multiplicité des besoins à satisfaire, je ne pense pas que la palette des technologies disponibles soit trop large. J’en profite pour signaler que notre plate-forme IoT est agnostique vis-à-vis des technologies radio et peut récupérer des informations issues d’objets connectés en 2G/3G ou 4G, en Wi-Fi, en Bluetooth ou en LoRaWAN…

Propos recueillis par Pierrick Arlot

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