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Gwagenn maîtrise la propagation des ondes au bénéfice de la Défense et de l’Internet des objets

Publié le 06 avril 2017 à 11:25 par Pierrick Arlot        Start-up

Logo Gwagenn

La jeune société bretonne a développé un logiciel de modélisation de la propagation 3D des ondes électromagnétiques qui s’avère à la fois rapide et précis. Déjà soumis à des tests concluants, le produit cible le secteur de la sécurité militaire et civile, où il permet de déterminer les zones où les brouilleurs contre les engins explosifs télécommandés sont efficaces. Mais Gwagenn vise aussi le marché des réseaux radio IoT Lora ou Sigfox où son logiciel peut contribuer à optimiser la planification des infrastructures et améliorer la géolocalisation.

La question de la géolocalisation est aujourd’hui au cœur des préoccupations des opérateurs de réseaux radio longue portée et basse consommation LoRa ou Sigfox qui doivent gérer pour le compte de leurs clients des parcs d’objets connectés en constante progression. Grâce à la géolocalisation en effet, n’importe quel équipement, produit ou dispositif du monde réel peut devenir un « objet numérique » avec des bénéfices attendus rapidement dans des domaines comme l’instrumentation de flux logistiques ou de processus industriels, la gestion et le suivi d’actifs ou la protection de personnes physiques.

Reste que les techniques de triangulation traditionnellement utilisées et liées à la mesure de TDoA (Time Difference of Arrival) ou de RSSI (Radio Signal Strength Indicator) ne fonctionnent correctement que si les signaux radio ne sont pas trop perturbés par des obstacles ou des interférences électromagnétiques. Autant dire que dans des environnements urbains denses où la propagation multitrajet est la règle, les choses se corsent passablement… à moins de disposer de modèles de propagation 3D des ondes qui soient précis et qui puissent permettre de calculer en quasi-temps réel les trajectoires des signaux en fonction de l’environnement entourant les stations de base.

Jean-François Legendre, fondateur de Gwagenn

C’est justement ce que compte proposer d’ici à la fin de l’année la jeune société de Saint-Malo Gwagenn (« petite vague » en breton, soit « longueur d’onde » en langage scientifique…). Il faut dire que son fondateur, président et directeur technique Jean-François Legendre est un spécialiste depuis 25 ans de la propagation des ondes électromagnétiques et des outils de simulation ad hoc. Avec d’autres doctorants du laboratoire LCST de l’Insa de Rennes, il fut en 1994 l’un des cofondateurs de la firme rennaise Siradel, acquise en 2016 par Engie et reconnue dans le domaine des solutions de planification des réseaux radio urbains. Puis, après plusieurs années passées comme expert radiofréquence au sein de la société de conseil Silicom région Ouest à Cesson-Sévigné, Jean-François Legendre a rejoint la DGA (Direction générale de l’armement) à Bruz où, de 2009 à 2015, il a travaillé sur les techniques de brouillage des signaux radio des engins explosifs improvisés et autres explosifs télécommandés.

Des calculs de moins d'une seconde

« Suite à cette expérience, j’ai créé Gwagenn en 2015 pour faire initialement de la simulation embarquée au plus près des militaires et nous avons développé un modèle de propagation des ondes capable d’effectuer des calculs en moins d’une seconde à partir d’une position GPS qui peut être celle d’un véhicule militaire ou d’une limousine d’une personnalité importante, dès lors qu’ils sont équipés d’un brouilleur, explique le fondateur de la start-up. Le logiciel indique alors les zones où le brouillage est efficace et où le personnel, soldat ou VIP, peut circuler sans danger. »

De fait, dans les zones de guerre, les militaires sont toujours sous la menace d’explosifs déclenchés à distance. Pour s’en protéger, leurs véhicules sont équipés de brouilleurs qui entravent les communications radio en saturant la zone d’ondes électromagnétiques. Mais, entre les bâtiments, les arbres et autres « obstacles », la zone de couverture d’un brouilleur est loin d’être uniforme ; rien à voir en effet avec la demi-sphère théorique que l’on ne croise qu’au beau milieu d’un désert… Le brouillage peut donc se trouver plus perturbé par l’environnement immédiat qu’on pourrait le croire de prime abord. C’est donc à ce niveau qu’intervient le logiciel dénommé Gwaves et développé par Gwagenn. Embarqué sur une tablette, le logiciel de modélisation peut calculer en moins d’une seconde la propagation des ondes à partir d’une représentation 3D à très haute précision de la zone géographique pointée par le GPS du véhicule (une représentation issue de campagnes de mesure avec lidar).

Afficher les zones de sécurité

« L’écran de la tablette affiche alors les zones de sécurité qui sont effectivement protégées par le brouilleur avec des niveaux de probabilité, indique Jean-François Legendre. Les capacités de simulation du logiciel Gwaves_IED ont déjà été testées et nous comptons lancer la commercialisation d’une première version d’ici le début de l’année 2018 sur les marchés de la sécurité civile et militaire. Rien qu’en France, le marché ciblé est d’environ 6 000 véhicules avec des clients comme Bull, Thales, etc. »

L’innovation de Gwagenn n’est pas passée inaperçue. Fin 2016, la société figurait parmi les deux lauréats consacrés par la première édition du Cyber West Challenge, soutenu notamment par le groupe DCI (Défense conseil international), l’opérateur de référence du ministère de la Défense et l’un des principaux contributeurs financiers de ce concours destiné à valoriser les start-up bretonnes du domaine « cyber ». Dans ce cadre, une levée de fonds est d’ailleurs prévue en 2017 avec DCI, DCNS et la SFLD (Société de capital investissement lorientais).

Une version déclinée pour l'IoT

Parallèlement, Gwagenn a décliné son logiciel de simulation dans une version purement civile dédiée à l’optimisation de réseaux radio Lora ou Sigfox pour l’Internet des objets et dont la commercialisation effective est prévue pour fin 2017.

« Baptisé Gwaves_IoT, il a vocation à intéresser les collectivités, les constructeurs de stations de base ou les opérateurs, ajoute le fondateur de la firme bretonne. Sa finalité est de réduire les coûts d’infrastructure et de garantir la qualité de service en permettant d’optimiser le nombre d’antennes et leur position. Mais nous nous sommes aperçus que la demande du marché, émanant en particulier de sociétés comme Nokia, Cisco ou Syntony, une start-up spécialiste des équipements de radionavigation, se focalisait aujourd’hui sur la géolocalisation, notamment en LoRa. Car si, aujourd’hui, le problème des perturbations par les ondes électromagnétiques ne se pose pas, il y a de fortes probabilités que d’ici deux ou trois ans avec la multiplication des objets connectés et la densification des réseaux, ce ne soit plus le cas et qu’il faudra réaliser des optimisations pour une bonne géolocalisation. C’est là que notre logiciel, que l’on pourra proposer sous forme de DLL ou en tant que SaaS (Software-as-a-Service), apportera une valeur ajoutée conséquente ». Gwagenn compte d’ailleurs mener une campagne d’essais en ce sens sur Saint-Malo fin 2017 avec le concours des sociétés Wi6Labs, spécialiste des grands réseaux de capteurs connectés, et Alkante, SSII dotée d’une expertise dans le Big Data au service de la ville intelligente.

Gwagenn, qui propose également des services de conseil, espère répartir à terme son chiffre d’affaires à égalité entre le civil et le militaire. La jeune société, qui doit déménager sur Lorient dans les tout prochains mois, compte porter son effectif à six personnes d’ici à la fin 2017.

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