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Greenerwave recycle les ondes radio pour rendre le Wi-Fi disponible partout dans un bâtiment

Publié le 03 février 2017 à 12:57 par François Gauthier        Start-up

Greenerwave recycle les ondes radio pour rendre le Wi-Fi disponible partout dans un bâtiment

La start-up niçoise Greenerwave veut révolutionner la disponibilité des ondes Wi-Fi, et à terme de la 5G, dans les bâtiments. Pour cela, elle a développé une technologie qui “récupére” et “recycle” les ondes électromagnétiques existantes pour les rediriger en les focalisant vers l’antenne d’un terminal, d'un PC ou d'un smartphone. Le tout sans dépense d’énergie et sans ajouter d’ondes supplémentaires.

Parmi les nombreuses jeunes sociétés françaises qui étaient présentes au CES en janvier dernier à Las Vegas, il y en a une sur laquelle beaucoup de regards se sont tournés : Greenerwave. Créée en 2015 par Eric Labarre et deux chercheurs, la société s’est appuyée sur les travaux réalisés au sein du laboratoire du CNRS Paul-Langevin à Paris pour industrialiser une méthode dédiée à l’augmentation de la la réceptivité́ et de l’amplitude des ondes Wi-Fi à l’intérieur d’un bâtiment, et ce afin de les rediriger vers l’antenne d’un récepteur, d'un smartphone, d'un PC… En d’autres termes, la technologie de Greenerwave permet de récupérer et “recycler” des ondes électromagnétiques réverbérées dans un espace clos pour que tous les usagers au sein de cet espace puissent bénéficier d’une connexion stabilisée en haut débit.

Les fondateurs de Greenerwave

Cette problématique de la sensibilité de la propagation des ondes dans les bâtiments est loin d’être anodine. Outre le fait que les cloisons sont parfois de véritables « murs » à onde qui font chuter la puissance du signal, les solutions pour y remédier, comme la multiplication des répéteurs, l’installation de plusieurs femtostations de base ou encore la mise en place d’antennes Mimo (Multiple Input Multiple Output) sont coûteuses, tant à l'achat qu'en termes de consommation électrique. D’autre part; elles ne contribuent pas à diminuer la pollution liée à la multiplication des ondes électromagnétiques dans un espace clos.

« Ce marché de l’amplification des ondes devient de plus en plus important, explique Cyril Bertschi, directeur général de Greenerwave. Il se trouve à la conjonction de plusieurs facteurs : la demande en débits toujours plus élevés, quel que soit l’endroit où l’on se trouve, la difficulté des ondes à bien se propager sans déperdition au sein des bâtiments dans les bandes de fréquence 2,4 GHz et 5 GHz du Wi-Fi ou dans celles de la future 5G, et enfin la nécessaire limitation à une exposition trop importante des utilisateurs à un champs d’ondes. »

Une approche passive

La force de la solution innovante proposée par Greenerwave réside dans le fait qu’il s’agit d’une approche passive, sans amplification d’onde (bien que le résultat pour l’utilisateur soit identique) et donc très peu gourmande en consommation électrique. Concrètement, la solution brevetée est issue des travaux de recherche menés par Mathias Fink et Geoffroy Lerosey, respectivement professeur et chercheur au sein de l’Ecole supérieure de physique et de chimie industrielles (ESPCI) à Paris Tech, et cofondateurs de Greenerwave. Elle consiste à mettre en œuvre un tableau de miroirs à micro-ondes qui concentre des signaux RF dispersés et déphasés pour les rediriger en phase vers un récepteur. La start-up utilise pour ce faire une surface passive faite de réflecteurs d’ondes électromagnétiques, en fait des carrés de cuivre insérés sur un substrat de carte électronique, associés à des résonateurs planaires ultrafins commandés par une diode alimentée en 5 V, et qui réfléchissent les ondes. Ce panneau est en somme une sorte de modulateur spatial de signaux micro-ondes, à l’instar de ce qui existe, par analogie, dans des dispositifs optiques de corrections d’images basés sur la coopération de multiples miroirs.

 

 

Les rectangles en cuivre d’environ 3 cm sur 4 cm, espacés de 6 cm chacun dans les prototypes actuels de la société, réfléchissent les ondes sans les modifier, ou les retardent d’une demi-période, 102 réflecteurs permettant alors, dans une pièce où la réception est faible, de focaliser un signal d’une puissance dix fois supérieure sur une antenne de réception visée.

« La solution fonctionne pour le moment sous forme de preuve de concept dans la bande des 2,4 GHz en mode mono-utilisateur, précise Cyril Bertschi. A terme les murs intelligents que nous développons travailleront dans la bande des 5 GHz et seront en mode multi-utilisateurs. »

La solution nécessite aussi un échange entre l’appareil visé, le récepteur et le mur de réflecteurs où chaque résonateur s’adapte en fonction de la distribution des ondes et de la localisation du récepteur. Ce dernier mesure la puissance reçue et envoie une commande aux réflecteurs pour les modifier. Pas à pas, en quelques microsecondes, le signal est focalisé sur l’antenne réceptrice. A ce titre le système d’exploitation de l’équipement Wi-Fi visé intègre du code logiciel développé par Greenerwave. « Pour l’instant la solution fonctionne sous Linux, mais nous discutons avec Apple et Microsoft pour que les systèmes d'exploitation Windows et iOS soient compatibles », explique Cyril Bertschi.

Greenerwave, implanté à Nice et à Paris, compte d’ores et déjà dix collaborateurs et est accompagné par l’incubateur Paca Est, membre du pôle de compétitivité SCS (Solutions communicantes sécurisées). « De nombreuses présentations auprès d’industriels sont en cours, par exemple auprès de Bouygues Immobilier, précise Cyril Bertchi. Et pour l’avenir on peut imaginer que les murs intelligents que nous développons pourront s’accrocher, voire être préintégrés, à des cloisons, sur des fenêtres, sous une table… »

Lauréat en juin dernier du concours I-Lab, concours national d’aide à la création d’entreprises de technologies innovantes, Greenerwave a déjà levé 500 000 euros auprès du CNRS (250 000 euros en numéraire) et du fonds d’investissement Kima Ventures (créé par Xavier Niel). Dans les six mois qui viennent, la start-up compte boucler une nouvelle levée de fonds, comprise entre 4 et 6 millions d’euros, preuve s’il en est de l’engouement rencontré actuellement par la jeune société.

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