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Kinéis lève 100 M€ pour lancer d’ici à 2022 ses 25 nanosatellites pour l’Internet des objets

Publié le 03 février 2020 à 10:11 par Pierrick Arlot        Conjoncture

Kinéis

Créée offciellement en 2019 par essaimage de CLS, l’opérateur mondial du système de localisation et de collecte de données Argos, la société Kinéis, dont l’ambition est d’offrir une connectivité spatiale universelle en particulier sur le marché de l’Internet des objets (IoT), vient de boucler une levée de fonds de 100 millions d’euros. CLS, le Centre national d'études spatiales (Cnes), Bpifrance, via le fonds SPI financé par le Programme d’investissements d’avenir et la Banque européenne d’investissement, ainsi que l’Ifremer, Thales, Celad, BNP Paribas Développement, Hemeria et d’autres partenaires industriels et financiers ont participé à ce tour de table qui doit permettre la mise en orbite d’ici à 2022 de vingt-cinq nanosatellites. Une constellation qui viendra compléter le service délivré par les sept satellites opérationnels Argos auprès des communautés scientifiques et environnementales et qui s’appuiera sur une technologie de communication maison, évolution de l’actuelle technologie Argos (qui a aussi l’avantage de posséder des fréquences attitrées dans la bande des 400 MHz).

Avec la levée de fonds de 100 M€, Kinéis estime devenir le premier acteur de connectivité spatiale IoT à financer son développement, de la construction de sa constellation au lancement de ses 25 nanosatellites, en passant par le développement de son segment sol. On se souviendra qu’outre Kinéis, le marché de l’IoT satellitaire compte de nombreux prétendants dont Astrocast, Eutelsat (avec Sigfox), Fleet Space Technologies, Hiber, Lacuna Space, Myriota, Skylo et Swarm Technologies. Des noms auxquels on peut aussi ajouter ceux des start-up françaises HIoTee et Unseenlabs.

« Avec les fonds nécessaires au lancement de notre constellation, nous avons maintenant l’esprit libre pour nous concentrer entièrement sur la fabrication des satellites et le déploiement commercial, s’est réjoui Alexandre Tisserant, devenu président de Kinéis à l’occasion du tour de table. Les fonds désormais rassemblés vont financer la construction de la constellation de 25 nanosatellites, des 20 stations au sol, de l’infrastructure informatique de pilotage de la constellation, de traitement et de distribution des données, le développement de nouveaux produits, le lancement des satellites mais aussi l’expansion de Kinéis à l’international. »

Pour rappel, la constellation Kinéis se compose déjà des charges utiles opérationnelles Argos embarquées sur sept satellites et d’un nanosatellite prototype, Angels, placé en orbite le 18 décembre dernier. Ce premier nanosatellite industriel français, conçu avec le soutien du Cnes, s’appuie sur une technologie proche de celle de Kinéis. Selon la start-up, ce lancement et les premières réceptions réussies de messages sont de bon augure pour le futur système Kinéis, qui est développé par la même équipe industrielle : Thales Alenia Space (architecte du système et responsable du développement des charges utiles avec la société Syrlinks, des stations sol et du centre de mission) et Hemeria (responsable des plateformes et de l’intégration satellite). A noter que les nanosatellites Kinéis, de moins de 30 kg, seront équipés d’un système de propulsion électrique qui sécurisera les désorbitations en fin de vie et permettra d’éviter les collisions.

D’un point de vue capitalistique, CLS, à l’origine de Kinéis et détenu majoritairement depuis le 30 janvier par CNP (Compagnie nationale à portefeuille), société belge d’investissement du groupe Frère, reste l’actionnaire de référence de la société avec 32 % du capital.

Côté commercial, Kinéis précise avoir déjà en stock 10 000 circuits de communication compatibles avec sa technologie (photo ci-contre) et plusieurs centaines de modules électroniques ad hoc prêts à être expédiés auprès de premiers clients. CLS, de son côté, développe plusieurs programmes d’envergure reposant sur la connectivité Kinéis pour le suivi de troupeaux (buffles, rennes), de bouées océanographiques ou de matériels liés à la pêche.

Kinéis a également signé en 2019 deux partenariats stratégiques, l’un avec Objenious by Bouygues Télécom, l’autre avec Suez et la Wize Alliance (lire notre article ici). Pour Objenious, l’objectif de la collaboration est d’élaborer une solution de connectivité IoT bâtie sur la technologie LoRaWAN en Europe et là où elle est déployée dans la bande terrestre des 868 MHz, et sur une composante satellitaire partout ailleurs. « La solution hybride LoRa-Kinéis est en cours de développement et sera mise à disposition de nos clients pour des tests dans les prochains mois », précise Philippe Cola, architecte IoT chez Bouygues Télécom. Suez et la Wize Alliance continuent de leur côté à travailler sur l’intégration de la technologie spatiale Kinéis à leurs compteurs d’eau intelligents.

Pour sa première année d’existence, Kinéis a réalisé un chiffre d’affaires de près de 5 millions d’euros et emploie déjà 25 salariés.

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